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DUMAS & TEL
are two repositories dedicated to research papers and Ph.D Thesis, and created by the technical unit CCSD (Centre pour la Communication Scientifique Directe - UMS3668) .

 

 

 
DUMAS
Repository for students' Research Papers (Dépôt Universitaire de Mémoires Après Soutenance)
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Last Research Paper submitted

En 1750 et 1751, une campagne hydrographique est réalisée dans le golfe de Gascogne à la demande du Dépôt des cartes et plans de la Marine. Cette campagne a pour but de vérifier et de corriger des cartes marines déjà publiées de la même région. Pendant la mission, plus de 350 sondes à plomb suiffé sont relevées dans le golfe afin de mesurer la profondeur de l’eau et pour lever des échantillons du fond marin à différents points. En étudiant les diverses archives provenant de cette campagne, la chaîne de production des savoirs hydrographiques en jeu au XVIIIe siècle est exposée et déconstruite. Elle englobe chaque étape dans le processus de construction de cartes marines, de l’émergence d’un besoin aux travaux sur le terrain et à leur utilisation finale. Les archives contiennent également les données hydrographiques brutes récoltées pendant la mission. Une méthodologie pour le traitement et l’analyse de ces données hydrographiques historiques est proposée et détaillée. La chaîne de traitement passe par la transcription des données des sources archivistiques à leur standardisation et classification selon des données de référence. Les données historiques ainsi traitées sont ensuite comparées et analysées par rapport à des données actuelles équivalentes. La méthodologie développée implique l’utilisation d’outils en humanités numériques, surtout pour la visualisation via la mise en carte des données historiques traitées.

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« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » écrivait François Rabelais en 1532 dans <i>Pantagruel</i>. Aujourd’hui, plus que jamais peut-être ces mots prennent tout leur sens : entre réchauffement climatique, manipulations génétiques, prises de décision algorithmique, numérisation massive des données relatives à la vie intime ou professionnelle, l’humanité se trouve confrontée à des enjeux éthiques qui semblent sans précédents dans l’Histoire. Mais n’est-ce pas là encore une expression due à l’orgueil de la modernité ? Il reste que les sciences paraissent encore demeurer l’apanage des professionnels et de quelques amateurs passionnés ; la majorité semblant n’être pas concernée ou non informée face à ces enjeux pourtant cruciaux de son propre a(d)venir. Le théâtre, parce qu’il met en jeu les corps, les émotions, la relation à soi-même et à l’autre, est une voie idoine pour mettre l’humain en prise avec ces questionnements. Venez alors nous rejoindre dans notre Laboratoire de recherche Théâtre et Science pour ensemble penser l’avenir...

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Les réseaux d’adduction d’eau potable de nombreuses villes françaises se sont développés et modernisés à la fin du XIXe siècle. L’histoire de l’administration de l’eau à La Rochelle à cette période permet d’établir les relations entre réalisations techniques, décisions politiques et contraintes économiques liées à la distribution de l’eau dans la ville et ainsi de tracer les grands traits d’un système technique de l’eau.

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Ce travail s'attache à montrer que les années 1940 et 1950 témoignent d'une révolution épistémologique profonde en économie, au moins aussi importante que la "révolution keynésienne". Cette révolution a conduit à l'émergence d'un style de pensée axiomatique. L'intégration de la méthode axiomatique en économie conduit à séparer la structure logique de la théorie de ses interprétations possibles, la monographie de Debreu (1959) constituant le modèle canonique de cette séparation pour la discipline économique. À partir de cette séparation, deux points de vue différents émergent au sein des modèles d'équilibre général : un point de vue économique et un point de vue axiomatique (ou mathématique). À chacun de ces points de vue est liée une logique de développement qui lui est propre. La logique de développement axiomatique pousse à réduire le nombre d'hypothèses ou, du moins, à les affaiblir, afin de proposer des théorèmes les plus généraux possibles. La logique de développement économique, quant à elle, conduit à rechercher des hypothèses réalistes renforçant la pertinence économique du modèle. Cette double logique conduit à une tension permanente dans l'activité théorique de l'économiste. En effet, la généralisation mathématique des théorèmes conduit, dans certains cas, à des interprétations peu conformes avec l'intuition économique ou bien peut contribuer à obscurcir leur signification économique. On perd en compréhension ce que l'on gagne en extension. L'exemple de l'article de 1954 de Kenneth Arrow et Gérard Debreu permet d'illustrer cette tension essentielle du style de pensée axiomatique en économie.

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En 1951, le Docteur Sidney Licht fait publier la première traduction en langue moderne de l’<i>Hygiène</i> (<i>De sanitate tuenda</i> libri VI) rédigé par Galien entre 175 et 190 de notre ère. C’est le docteur Robert Montraville Green, professeur d’anatomie à la Harvard Medical School et gynécologue-obstétricien à la retraite, ayant été formé aux Classiques à la Boston Latin School, qui est chargé de cette traduction. L’historien de la médecine Henry Ernest Sigerist en écrit l’introduction. Ce premier volume s’inscrit dans un programme plus vaste prévoyant la traduction en anglais de vingt autres textes de Galien, qui ne seront pas publiés. Malgré ses limites, cette traduction reste à l’heure actuelle la seule permettant aux non hellénistes et non latinistes d’approcher la pensée de Galien sur les mesures à prendre pour conserver la santé tout au long de la vie et ainsi permettre à chacun de vieillir confortablement. À la lecture de cette oeuvre, on mesure la finesse d’observation et l’actualité de ce grand médecin de l’Antiquité ; la gérontologie moderne, apparue à la fin du XIXe siècle avec l’accroissement de la longévité, a corroboré les observations qu’il avait déjà faites il y a près de deux mille ans.

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La médecine légale est la branche de la médecine ayant pour mission de mettre ses connaissances au service de l’organisation et du fonctionnement du corps social. C’est ainsi que les législateurs, les magistrats et les administrateurs publics font appel à ses lumières ou s’inspirent de ses conseils pour élaborer ou appliquer les lois, ainsi que pour veiller au maintien de la santé publique. Dans une époque où la médecine légale est une discipline « à la mode », popularisée par de nombreuses séries télévisées et romans, il est difficile d’imaginer combien son évolution fut lente et son ascension à l’échelle universitaire difficile. Plusieurs obstacles se dressèrent devant elle, à commencer par le principe d’inviolabilité du corps humain interdisant toute dissection pendant des siècles. En effet, selon l’Église, il était impossible de toucher un corps sans détériorer son âme. Si la médecine légale s’est développée avec une rapidité admirable au cours de ces dernières années c’est parce qu’elle a su profiter de l’évolution des connaissances biologiques, physiques, chimiques, techniques et sociales de notre époque. Comme il est justement spécifié dans l’ouvrage d’Alexandre Lacassagne : « Son évolution a également suivi le développement moral de l’Homme et elle a accompagné celui-ci dans sa mouvance psychique. La moralité d’un peuple s’apprécie par ses idées d’équité et de justice, par l’état de sa législation, de même que sa santé est en rapport avec le perfectionnement de son hygiène ». Il citait également Cicéron : « Voulez-vous connaître l’état d’une République ? Faites-vous rendre compte des jugements que les tribunaux y prononcent ». Je vous propose de suivre, de façon chronologique, l’évolution de la médecine légale afin d’en découvrir ses transformations à travers les âges et l’impact qu’elle joue de nos jours dans les institutions publiques.

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Notre étude débutera à la veille de la guerre jusqu’après les batailles, au retour des patients. Par les sources à notre disposition (Partie 1 Chapitre 1), et dont on constatera également les limites et par un état des lieux, notamment de la population asilaire à la veille de la guerre, nous pourrons marquer la distinction entre deux époques et prendre conscience de l’importance de la première guerre mondiale et de ses conséquences pour l’asile de Prémontré (Partie 1 Chapitre 2). Entre 1914 et 1915, la mortalité des patients a progressé de 373%. La sous-alimentation a été mise en avant comme cause première et l’autorité militaire et administrative allemande comme raison. Mais nous verrons également que la souffrance des patients a pu se cacher dans des décisions prises ou non, par des protagonistes non directement liés aux combats eux-mêmes, et que cette surmortalité n’est pas le fait d’une volonté délibérée (Partie 2 Chapitre 1). La guerre a cessé un jour et l’asile de Prémontré, aujourd’hui EPSMDA2 en activité, a dû être réhabilité pour recevoir à nouveau ses patients évacués, et de nouveaux depuis (Partie 2 Chapitre 2).

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Nous souhaitions, en envisageant ce mémoire, présenter un résumé de la vie et de l’oeuvre du professeur Jean-Martin Charcot premier titulaire d’une chaire de « Clinique des maladies du Système Nerveux » (Neurologie), en relisant quelques biographies, articles et thèses, dont il a fait l’objet. Au-delà des références liées à l’Histoire de la médecine notre souhait était aussi de commenter, sous une forme interrogative, les articles de la presse parisienne au jour et aux lendemains des obsèques du « Maître » pour tenter de considérer la continuité de l’intérêt, ou non, qu’elle portait au personnage de son vivant. Cette presse du 19e siècle qui orchestrait les « bruits » de son époque et qui faisait aussi rapidement les gloires qu’elle les défaisait. Qu’en est-il de la représentation de la vie et de l’oeuvre du professeur Jean-Martin Charcot ? Entre l’hagiographie, le regard « orienté » de ses contemporains et la pitance quotidienne d’une presse opportuniste, nous avons essayé, très modestement et partiellement, de résumer ce que nous apportent certains éléments archivés à ce jour sur la vie d’un homme et sur un destin édifié au fil d’événements parfois fortuits, souvent bien construits, toujours volontaires, destin tout autant fait d’une pugnacité et d’une perspicacité scientifique aiguisée et exemplaire.

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Dans ce travail, nous nous proposons d’étudier les fonctions et les affections de la langue telles qu’elles sont décrites dans le <i>Corpus Hippocraticum</i>. Pour mener à bien notre travail, nous prendrons en considération, d’une part, l’anatomie, la physiologie et la pathologie linguales et, d’autre part, l’étude des symptômes qui, quoique provenant de maladies localisées dans d’autres organes du corps humain, se manifestent pourtant sur la langue. En outre, la comparaison des données établies par les médecins du <i>Corpus Hippocraticum</i> sur la physiologie et la pathologie de la langue avec celles fournies par leurs prédécesseurs permettra de mieux cerner l’apport de la médecine hippocratique dans ce domaine de la stomatologie.

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Repository for the archiving of Ph.D theses
(Thèses En Ligne)
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Last Ph.D. submitted

Le but de cette thèse est d’explorer l’hypothèse que l’histoire de la biologie évolutive de l’après-Darwin pourrait être interprétée comme le résultat d’un double processus, quoique toujours inachevé, de généralisation et de formalisation de la théorie de l’évolution dans le but d’unifier les sciences de la vie sous l’égide du principe de sélection naturelle. Plus précisément, un tel processus se serait concrétisé par l’émergence de la théorie synthétique de l’évolution en tant que cadre conceptuel qui définit les principes de base qu’orientent la biologie évolutive contemporaine. Néanmoins, en quoi les présupposés sur lesquels repose ce cadre offriraient-ils une vision unifiée et généralisée du vivant ? Dans un premier temps (partie I), nous montrerons en quoi la théorie synthétique de l’évolution peut être considérée comme un cadre conceptuel (chapitre 1). Cela nous amènera à analyser la manière dont les fondements de cette dernière sont présentés dans un certain nombre de manuels scientifiques, afin de comparer une telle présentation avec les différentes tentatives qui ont été menée jusqu’ici dans le but de mieux définir l’architecture conceptuelle de la théorie synthétique dans une approche formelle (chapitre 2). Dans un second temps (partie II), nous verrons en quoi les débats récents autour de l’extension de la synthème moderne remettent en cause les représentations de cette dernière que nous avons analysées dans la partie précédente (chapitre 3) et nous tournerons vers l’œuvre de R. A. Fisher pour chercher une alternative (chapitre 4).

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Cet exposé adopte une démarche historique, qui tente de refléter au mieux, dans son organisation, la manière dont l'histoire de la biologisation des troubles mentaux s'est effectivement déroulée. La première partie (Chapitres 1 et 2) présente la biologisation clinique et thérapeutique des troubles mentaux, qui se déroula en deux temps. Tout d'abord, elle revient sur l'arrivée des traitements dits de choc dans la clinique psychiatrique des années 1920--1950 pour montrer l'effet de professionnalisation que ces traitements eurent sur la clinique des troubles mentaux (Chapitre 1). Elle décrit et analyse ensuite la révolution médicale, sociale, industrielle et intellectuelle qu'incarnèrent les médicaments psychotropes en cherchant à surmonter au mieux la présentation simpliste et l'interprétation hâtive (Chapitre 2). La seconde partie situe son propos au plan historique, et entrecroise le point de vue de la science médicale et de la neurobiologie. Elle montre comment, entre le milieu du XIXe siècle et les années 1950, le cerveau fut successivement le protagoniste de la médecine mentale, puis des sciences du vivant (Chapitre 3), et comment, en sens inverse, les découvertes neurobiologiques des années 1920-1950 firent renaître le projet d'une médecine mentale fondée sur la science biologique (Chapitre 4).

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L’histoire de la théorie de la probabilité peut être perçue comme l’évolution des relations entre deux interprétations, épistémique et ontique. Certains problèmes récents décrivent la situation d’un agent rationnel aux croyances auto-localisantes : il estime la probabilité de ses possibles positions dans le monde (temps, espace, identité) et plus seulement dans l’espace logique. Il arrive qu’un fréquentiste ou un adepte d’une lecture ontologique de la probabilité, en essayant de se localiser, conclut des résultats si différents de ceux du bayésien plus subjectif, que se crée un inédit et inquiétant écart entre leurs probabilités. Démêler cette situation paradoxale passe par une enquête sur les théories philosophiques et scientifiques qui l’ont engendrée, dont la réunion chez d’importants penseurs contemporains comme David Lewis est peut-être l’occasion d’un retour, sous une forme neuve plus acceptable, des intuitions incomprises de Jean le Rond D’Alembert. Cette recherche de liens historiques entre interprétation double et auto-localisation mène à l’analyse de plusieurs problèmes et surtout à l’étude du récent mais déjà célèbre paradoxe de la Belle au bois dormant : les principales tentatives de résolution trouvées dans la littérature sont longuement expliquées et critiquées, puis est esquissée une solution originale qui prétend réparer la scission ontique épistémique due à la perte d’un repère temporel de l’agent rationnel.

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Nous cherchons à définir la nature des limitations révélées par les « théorèmes de limitation des formalismes » (Théorèmes de Gödel de 1931, de Church de 1936, et de Turing de 1936-1937). Pour répondre à cette question, nous avons retenu comme fil conducteur Je programme de Hilbert (au sens large) : d'une part la réponse qu'Hilbert espérait apporter au problème des fondements, d'autre part la justification qu'il espérait apporter à l'absence de problèmes mathématiques insolubles. Cela nous a d'abord conduit à proposer une interprétation précise des deux aspects de ce programme. Nous avons ensuite analysé les propositions variées qui ont été faites en réponse à ce programme, incluant en particulier celle de Michael Detlefsen, tout en prenant en compte les résultats d'indécidabilité arithmétiques qui ont été obtenus dans les années 1970. Nous avons pour cela effectué une analyse détaillée de la thèse de Church-Turing. Nous avons également discuté les différentes positions qui ont été défendues dans le cadre du débat induit par l'argument de Lucas-Penrose. Nous avons enfin discuté les réponses que Post, Myhill et Ladrière ont successivement apportées à la question générale posée. Sur la base de l'ensemble de cette analyse, notre propre réponse est que les ces théorèmes mettent en évidence une certaine relativité associée au recours à la formalisation elle-même, qui se caractérise par un ancrage nécessaire bien circonscrit dans la pratique empirique des mathématiques informelles.

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En ce début de XXIe siècle, les avancées de la biologie moléculaire et des biotechnologies sont prometteuses d’une révolution en médecine clinique. Cependant, ces avancées spectaculaires ne doivent pas faire disparaître la dimension humaine des consultations médicales, « au lit du patient ». Il nous semble que le conseil génétique, qui correspond à la fois à un processus et à une consultation, a su préserver cette dimension humaine. Il est l’objet de cette recherche, de sa création à nos jours, en particulier au regard de l’accompagnement psychologique. En effet, comment traiter l’angoisse d’anticipation provoquée par les tests présymptomatiques et génétiques ? Il y a deux modèles : le modèle nord-américain qui s’appuie sur l’éthique du Care et s’enracine dans la sphère privée, à l’origine pour combattre l’eugénisme ; le modèle français qui s’appuie sur la psychopathologie de l’angoisse, la nosographie psychiatrique et psychanalytique, le biodroit. Or, notre analyse du positionnement des conseillers en génétique nord-américains montre qu’il présente de nombreux intérêts, dont celui d’apporter un soutien psychologique efficient et d’échapper au biopouvoir. Notre hypothèse est qu’il serait souhaitable qu’il se généralise à la consultation de médecine clinique du futur.

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Le présent travail est une réflexion sur la perception. Le sens du toucher ou plus exactement les phénomènes tactiles et corporels lui offrent son principal champ d’étude. Dans cette thèse, nous partons des questions suivantes : 1) les phénomènes tactiles et corporels peuvent-ils être classés dans deux catégories différentes, la perception et la sensation ? 2) Quel rôle joue l’action dans les perceptions tactiles ? 3) Y-a-t-il une différence épistémique entre différents types de phénomènes tactiles et corporels ? Nous suggérons que l’expérience tactile active, l’expérience tactile passive et la sensation corporelle sont toutes des perceptions. Nous proposons également qu’il existe une différence épistémique entre différents types de phénomènes tactiles et corporels qui ne relève pas de la nature de l’expérience perceptive, mais du statut épistémique de la croyance perceptive. Nous soutenons que la perception joue le rôle épistémique de fournir une justification immédiate pour la croyance perceptive correspondante. Nous rejetons également la thèse selon laquelle il est nécessaire de postuler un contenu représentationnel pour expliquer le rôle épistémique de la perception.

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Cette thèse propose une théorie de la fonction biologique qui prend comme point de départ la signification que lui donne la physiologie. La théorie proposée s’appuie sur les principes suivants : (1) la notion de téléologie a deux dimensions qui convient de distinguer, sa dimension téléonomique (la directivité vers un but) d’une part et sa dimension étiologique (l’explication de l’origine par l’effet) d’autre part. (2) La singularité épistémologique des êtres vivants est que leur existence relève d’une double causalité, systémique et métasystémique, correspondant respectivement aux relations causales opérant à l’intérieur du système, et aux causes de l’existence de ces processus systémiques, habituellement dénommées « cause prochaine » et « cause ultime ». (3) L’incomplétude explicative de la causalité systémique rend rationnel le postulat de l’existence de la causalité métasystémique, indépendamment de la nature de celle-ci. La téléonomie inhérente aux systèmes biologiques correspond à la convergence des causalités systémiques et métasystémiques qui définissent la normativité du système étudié. L’attribution d’une fonction à un trait présent dans un tel système consiste à déterminer le rôle causal des propriétés de ce trait dans la réalisation de son état normal. La fonction a alors une valeur explicative systémique et téléonomique forte. Sa valeur explicative étiologique est faible, limitée au postulat de l’existence de la causalité métasystémique et de la contribution des propriétés systémiques à cette causalité. Sa valeur explicative étiologique forte dépend de son incorporation dans une théorie métasystémique, au-delà de la définition de la fonction biologique.

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« Qu’est-ce que la vérité ? » À cette question, les déflationnistes aléthiques contemporains proposent une réponse originale : la propriété de vérité ne serait qu’un simple outil de décitation, indispensable pour formuler certaines généralisations mais dénué de tout pouvoir explicatif propre. Selon eux, elle ne jouerait donc pas de rôle important dans notre activité scientifique. L’objectif de cette thèse est d’évaluer la solidité de la position déflationniste en la confrontant à divers arguments avancés contre ce type de conceptions de la vérité. Après avoir précisé les doctrines centrales du déflationnisme actuel, notre travail se poursuit en deux parties, que l’on peut voir comme deux tentatives complémentaires de fournir un cadre méthodologique permettant d’examiner précisément les théories déflationnistes de la vérité. Dans un premier temps, nous analysons la thèse, souvent attribuée aux déflationnistes, selon laquelle le prédicat de vérité serait une sorte de notion logique. Dans un second temps nous examinons un célèbre argument anti-déflationniste appelé « argument de la conservativité ». Au final, si le déflationnisme ne nous paraît pas totalement désarmé face aux critiques dont il a fait l’objet, notre travail a néanmoins permis de montrer que certaines réponses majeures avancées pour sa défense ne sont plus tenables.

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Le champ scientifique n'a pas été épargné par les contestations sociales de l'après 1968. Au cours des années 1970, il fait l'objet de débats intenses et se trouve sous le feu de critiques en provenance de milieux divers. Militants, universitaires, ou encore journalistes et administrateurs de politique de recherche s'interrogent sur les voies d'un développement scientifique et technologique plus démocratique. Dans ce contexte, de nouvelles manières de dire la science et de régler ses rapports avec le politique apparaissent. Un régime de discours émerge, réclamant la participation du public aux choix scientifiques et technologiques. L'analyse de cette émergence est l'objet de ce travail. L'apparition d'une exigence de participation aux sciences et aux techniques est décrite, à travers l'étude de trois pôles de réflexion particulièrement attentifs à la question de la participation : le courant d'autocritique des sciences, la division des politiques scientifiques de l'OCDE et la nouvelle sociologie des sciences. L'approche privilégiée est généalogique et centrée sur les discours. Elle permet d'observer à la fois la diversité des conceptions de la participation en jeu à cette époque, et la façon dont elles s'articulent pour donner lieu à une définition commune. De plus, elle invite à reconsidérer les enjeux de la participation à l'aune de son inscription historique. L'exigence participative formulée au cours des années 1970 joue un rôle dans la généalogie de la participation contemporaine, mais ne s'y réduit pas. Elle couvre un champ de significations variées qu'il importe de mieux caractériser. Ceci conduit à prendre la mesure des autres interprétations, mais aussi des autres " modes de gouvernementalité " auxquels correspond la participation. Une attention spécifique est portée au modèle de la politique expérimentale. Le premier chapitre, sur les modes de désignation du pouvoir, fonde la démarche théorique et méthodologique adoptée, et indique la perspective d'une approche communicationnelle. Puis, après un état des lieux des discours sur " science et politique " au tournant des années 1970 (chapitre 2), l'analyse porte successivement sur trois définitions émergentes de la participation, données par la critique des sciences, l'OCDE et le domaine STS (chapitres 3, 4, 5). Le chapitre 6 analyse les opérations de circulation par lesquelles ces définitions se rencontrent et forment un régime de discours nouveau. Ce régime de discours, en reconfigurant les représentations de la science et de la politique, impose des modes de gouvernement. L'un d'eux fait l'objet d'une analyse plus développée et sera caractérisé par l'expression de " politique expérimentale ".

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Bien connue par ses images et les récits édifiants qu’elle nous transmet, souvent convoquée comme exemple, la tradition médiévale du bestiaire – et en particulier française – est néanmoins plus rarement étudiée pour elle-même. Ce travail se propose d’observer les formes prises par ce discours didactique sur la faune dans les bestiaires moralisés et les sections animalières de plusieurs textes encyclopédiques écrits en français entre le XIIe et le XIVe siècle. Par l’étude des stratégies discursives, stylistiques et intellectuelles mises en place par les auteurs de ce corpus, on tente ainsi d’identifier les traits les plus saillants de cette écriture médiévale sur le vivant – souvent partagée entre une approche « scientifique » et une perspective « symbolique » – en l’envisageant avant tout comme un discours de savoir et sur le savoir. En interrogeant ainsi les ressources discursives à l’œuvre pour dire et décrire le monde naturel, ce travail tente donc de cerner les formes d’une zoographie vernaculaire française. Pour cela, la thèse se propose d’envisager successivement trois opérations essentielles à cette mise en discours didactique de la faune. L’étude d’une translation, dans un premier temps, se propose de montrer que le corpus français sur lequel on se penche se construit avant tout dans l’écho d’autorités latines dont il est et dont il s’affirme l’héritier plus ou moins direct, en observant le rapport de proximité et d’éloignement qu’il entretient avec elles. Après un essai d’archéologie de la zoographie vernaculaire, la partie se tourne vers les deux ensembles formés par les bestiaires moralisés et les sections zoographiques des encyclopédies médiévales pour en souligner la « connexité générique » qui permet d’en proposer l’appréhension conjointe mais aussi pour en identifier les divergences formelles et fonctionnelles de ces corpus distincts. Dans un second temps, la thèse s’interroge sur l’opération de devisement que le corpus ainsi dessiné met en acte en proposant une mise en ordre du livre et du monde qui prend essentiellement la forme d’une structure sérielle et répétitive. Cette dernière entend donner à voir la multiplicité de la matière zoologique tout en garantissant l’unité de son appréhension intellectuelle. On envisage alors les deux structures à l’œuvre – la liste et la notice – comme la traduction formelle de cette aspiration à l’ordre et à la maîtrise tout autant que sa fondamentale réduction à la singularité d’une espèce animale. C’est ensuite la question des catégories et classifications zoologiques qui est étudiée, en particulier à partir du lexique « zoocatégorisateur », pour tenter d’en mettre au jour la valeur fondamentalement discursive et ambigüe. Enfin, l’étude s’interroge sur l’importance d’un métadiscours qui met l’accent sur l’importance du dire dans l’exposé didactique. En s’interrogeant sur les formes de l’énonciation zoographique, cette partie propose alors de voir comment le savoir naturaliste, plutôt que d’y préexister, s’affirme et se construit dans les formes mêmes de son expression et le constant retour réflexif que celles-ci scénarisent. En apparence dénués d’un marquage énonciatif trop subjectif, les bestiaires se révèlent pourtant exhiber sans cesse la voix d’un clerc, capable de nommer les bêtes, d’en expliquer les noms et d’en rappeler le mutisme pour mieux souligner sa propre maîtrise des langues et de la parole. Essentiel dans la distinction entre l’homme et l’animal, le discours se révèle ainsi autant le moyen que le fondement de tout savoir.

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